vendredi 29 janvier 2010

Friday Plane Blogging

(Cliquez pour agrandir)

Let the thing run its course

Bernanke est reconduit. Clairement, il ne le mérite pas. Mais qui mérite son job aux Etats-Unis aujourd'hui? Nous sommes confrontés à une clique de politiciens et de bankers qui se confirment les uns les autres dans leurs jobs alors qu'ils y sont de misérables "failures".

La confirmation de Bernanke a cependant un avantage: la clarté. Si, comme de plus en plus de gens semblent le penser, cet "indispensable sauvetage des banques" se termine en catastrophe économique globale, les responsabilités ne seront pas difficiles à établir.

Une reprise en main "gauchiste" d'Obama ou un changement à la tête de la fédérale réserve auraient pu semer le trouble: "the big one" aurait-il été la faute d'un changement de politique? Non, si la catastrophe (a.k.a. "la réalité") arrive finalement, elle sera la responsabilité unique du complexe Washington-Wall Street (Wawa?). Et c'est sans doute mieux comme ça. Si on avait changé Bernanke aujourd'hui, cela aurait entraîné des remous auxquels on aurait fait porter le chapeau de la crise à venir. A noter que 77 sénateurs ont voté pour Bernanke. Le blogo a donc eu tort de penser qu'il y avait réellement un enjeu sur cette confirmation. J'avais pourtant lu que la Maison Blanche avait elle-même appelé des sénateurs pour s'assurer de leur soutien et qu'il y avait donc du suspense. 77 sénateurs. Cela rappelle le sénateur Durbin qui a déclaré au sujet des banques au Congrès: "They frankly own the place".

Les malades qui nous ont fait passer de l'autre côté du mirroir économique doivent rester en place jusqu'à ce leurs manoeuvres dilatoires perdent leurs effets ("extend and pretend"). Pour que les choses soient claires: "let the thing run its course".

Gordon is back

J'espère que le film est moins cheesy que la bande-annonce (on dirait le retour du Terminator ou d'Hannibal Lecter). L'opus 1 était génial, il serait dommage que dans le contexte actuel, le 2 soit un nanar.

mercredi 27 janvier 2010

La commission d'enquête sur la guerre en Irak se poursuit

Sans surprise:

Senior Government lawyers told the Iraq inquiry that they advised the action had “no legal basis in international law”.

Last night it was reported every one of the 27 lawyers in the department advised the war was illegal.

Yesterday Sir Michael Wood, who was the Foreign Office’s chief legal adviser, told the hearing he warned the then Foreign Secretary Jack Straw an invasion would “amount to the crime of aggression”.

Toujours plus fort...

Une lobbyist connue pour avoir travaillé pour Enron tente de vendre la reconduction de Ben Bernanke au Congrès. Fitting.

The same lobbyist that sold Washington on Enron is now touting Ben Bernanke. According to Politico, former Enron lobbyist Linda Robertson has been managing Bernanke’s confirmation effort on behalf of the Federal Reserve — coaching him through the process in much the same way she coached Ken Lay and Jeff Skilling through the Washington influence game.

mardi 26 janvier 2010

Incroyable

La FED de New York demande à ce que soit donné à des aspects du sauvetage d'AIG le statut de secret d'Etat ou quelque chose d'approchant. Toujour plus fort!

Barry Ritholtz de "The Big Picture" est sur le coup (reproduction d'une grande partie de ce post):

This has to be the most outrageous headline I’ve read since whatever the last headline was that made me apoplectic:

SEC mulled national security status for AIG details

In a little noticed story over the weekend, Reuters has discovered that the New York Federal Reserve want to invoke national Security rules to keep the details of the bailout a secret.

It reveals the degree to which the NY Fed was a) In a state of sheer Panic; b) Captured by the banks they regulate; and c) Failed to understand the basic premise of Democracy.

"Legislating from the bench"

La Cour Suprême a de fait supprimé les quelques limites qui restreignaient le rôle des sociétés dans le financement des élections américaines au nom de la liberté d'expression. J'ai déjà cité le Wall Street Journal qui s'en réjouissait dans un éditorial. Le reste des réactions est plutôt similaire à celle du NYT:

With a single, disastrous 5-to-4 ruling, the Supreme Court has thrust politics back to the robber-baron era of the 19th century. Disingenuously waving the flag of the First Amendment, the court’s conservative majority has paved the way for corporations to use their vast treasuries to overwhelm elections and intimidate elected officials into doing their bidding.

Enfin, même si tout le monde est horrifié, le mal est fait. Curiosité: Glenn Greenwald donne une opinion de juriste qui n'est pas défavorable au jugement rendu. Même s'il regrette les effets prévisibles de la décision. Il dit que de toute façon, cela ne change rien au problème car le contrôle est déjà total (thèse du blogo). J'aurais préféré qu'il nous renseigne sur les modifications à apporter à la constitution pour sortir de ce piège. Ca n'est pas la première fois que Greenwald me surprend, toujours au nom d'une application stricte du droit. On a du mal à penser que l'esprit de la constitution américaine était de livrer la populace pieds et poings liés aux intérêts corporatistes. Anyway. Une des problématiques est: le "free speech" s'applique-t-il aux sociétés? Et les autres protections constitutionnelles? C'est un sujet complexe mais le problème ici est que le résultat est inacceptable. Alors si le jugement est fidèle à la constitution, c'est cette dernière qu'il convient de changer (pas facile). Quand on voit que la décision a été à 5 contre 4, on voit bien qu'on est plutôt dans la capture idéologique que dans l'interprétation "pieds et poings liés" de la constitution. Selon certains commentateurs, c'est un cas de "legislating from the bench" soit utiliser le pouvoir de la Cour Suprême à des fins législatives.

Plus sur ce sujet dans le Daily Kos avec cette illustration:

Les démocrates en résumé

Le blocage politique américain se traduit dans les faits par l'impotence démocrate. Les républicains font ce qu'ils veulent sur les guerres, les tax cuts, les atteintes à la constitution et les démocrates ne peuvent jamais renverser la vapeur. Les républicains n'ont besoin que d'une majorité simple pour mettre en oeuvre leur programme alors que les démocrates sont considérés comme perdus s'ils n'ont pas une super majorité de 60 sénateurs.

Pourquoi? A cause du rôle de l'argent en politique qui fait que quel que soit le nombre de démocrates élus, un nombre suffisant d'entre eux sera corrompu pour que toutes les réformes mises en oeuvre soient compatibles avec les intérêts de Corporate America. Ceux-ci étant en gros plus en phase avec les républicains qu'avec les démocrates, la capture par les grands groupes du système politique se traduit en pratique par l'impotence démocrate, quel que soit leurs succès électoraux.

Voilà en gros ce qu'El Blogo explique laborieusement à longueur de posts résumé efficacement en une minute:

lundi 25 janvier 2010

Bonne nouvelle en Iran

Les lecteurs du Blogo savent que, fort de l'expérience irakienne, El Blogo leur suggère de faire montre de la plus grande vigilance sur toutes les informations touchant à l'Iran. La radicalité du mensonge sur les WMDs irakiennes fait qu'aujourd'hui les Etats-Unis ont un problème de crédibilité quand ils font des déclarations sur la dangerosité des pays qui leur sont hostiles. Les citoyens responsables ne peuvent se contenter de battre le rythme quand ils entendent de plus en plus nettement les tambours de la guerre. Pas après l'invasion de l'Irak.

A la mi-décembre, le Times de Londres (une publication qui s'était déjà distinguée par sa propagande pro-guerre en 2003) a produit un document supposément d'origine iranienne sur la production de détonateurs d'armes nucléaires qui était selon toute probabilité un faux. Il avait alors fait son petit tour de piste dans les médias occidentaux (comme il est coutumier) avec évidemment aucun rectificatif quand le document a été plus tard discrédité. Standard Operating Procedure (le NYT en avait fait état largement mais très prudemment).

J'avais donc peur que l'affaire iranienne ne se présente comme l'Irak avec des éléments mensongers et/ou exagérés mis en avant par les occidentaux et qui n'emportent finalement jamais la conviction du citoyen attentif et de bonne foi. Je craignais des éructations occidentales jamais décisives et de plus en plus virulentes qui auraient pu ressembler à ce genre de chose:

Hans Blix:

"We got tips not only from the UK but from other intelligence, the US as well, so perhaps some 100 all in all.

"We had time to go to about three dozen of these sites and in no case did we find any weapons of mass destruction."

He added: "We said if this is the best (intelligence), then what is the rest? Doubts arose from that."

Les occidentaux vont rapidement se retrouver dans une situation similaire en Iran. Sur quoi les iraniens sont-ils en infraction et acceptent-ils ou non que cela soit contrôlé? Si les iraniens acceptent que leurs installations soient contrôlées comme récemment avec le site de Qom, comment les occidentaux vont-ils trouver un casus belli? Si le programme nucléaire militaire supposé n'est qu'un prétexte au changement de régime et à la destruction de l'Iran comme puissance régionale, vont-ils être obligés de faire ce qui avait été décrit dans le "Downing Street Memo" au sujet de la guerre en Irak comme "The intelligence and facts were being fixed around the policy". (Les faits et le renseignement étaient manipulés pour coller à la politique [de "regime change"].)

Le Blogo voulait donc éviter à ses lecteurs d'être à nouveau roulés dans la farine le cas échéant. Et bien la bonne nouvelle, puisque c'est le titre du post, c'est que cela n'arrivera pas. D'après Al-Hayat via Haaretz, Sarkozy est sûr de son coup:

According to the report, Sarkozy, who recently met with Lebanese Prime Minister Saad Hariri, reportedly told him that France has proof Iran is working to develop an atomic bomb.

Cette fois-ci donc, "no worries", les preuves existent. J'ai toute confiance dans mon gouvernement pour les sortir le moment venu et contraindre des iraniens honteux à démanteler leurs infrastructures nucléaires militaires illégales ou les détruire par la force s'ils s'y refusaient.

C'est un peu dur de nous faire lanterner et on aimerait bien savoir quelles sont ces preuves et ce que les iraniens vont bien pouvoir trouver à répondre. En même temps, le fait qu'on repousse l'exposition de ces preuves montre que l'on a pu évaluer avec une certitude absolue que ce programme militaire nucléaire n'était pas une menace à très court terme. Nous en connaissons donc non seulement l'existence mais également, de manière certaine, le degré d'avancement. Autant dire que ce programme nucléaire militaire n'a pas de secret pour nous. J'ai hâte de savoir! J'ai hâte de savoir!

Quel soulagement de penser que cette fois-ci, tout sera clair et que je n'aurais aucune réticence à ce qu'on bombarde l'Iran. En effet, le lecteur ne s'en rend peut-être pas compte mais il est un peu pénible d'être toujours le rabat-joie qui n'est jamais content. Cette fois-ci au moins, convaincu par les preuves françaises, je serai "totally on board". Je vais dormir sur mes deux oreilles.

(Pour le lecteur inattentif, il y a une pointe d'ironie dans les trois derniers paragraphes.)

Note: Ce post repose en grande partie sur la supposition que les propos prêtés par Al-Hayat a Sarkozy ont bien été tenus. J'ai cependant l'impression de l'avoir déjà entendu dire des choses approchantes peu avant la révélation par l'Iran de l'existence du site de Qom.
Note 2: Il y avait deux volets dans la propagande pro-guerre en Irak. La menace était grotesquement exagéré mais le coût et les risques de la guerre étaient grotesquement sous-estimés. De même pour l'Iran, il faut faire attention à ce qu'on nous raconte sur la menace mais également sur les conséquence d'une intervention. Si le programme nucléaire existe (je ne sais pas pourquoi je dis "si" après ce qu'a dit Sarkozy...), il est moins évident qu'on ne le dit que les bombardements soient une réponse efficace. Pareillement, les risques de réaction et de réverbérations régionales majeures sont complètement sous-estimés.

vendredi 22 janvier 2010

Ca ne s'invente pas...

J'évoquais récemment la manière dont le "free speech" était le principe constitutionnel utilisé pour justifier des lois de financement de campagne rendant possible le contrôle du système politique par Corporate America. Voici comment le Wall Street Journal évoque l'arrêt de la Cour Suprême qui a rendu encore plus facile l'arrosage du monde politique par les entreprises cette semaine:

Freedom has had its best week in many years. On Tuesday, Massachusetts put a Senate check on a reckless Congress, and yesterday the Supreme Court issued a landmark decision supporting free political speech by overturning some of Congress's more intrusive limits on election spending.

Freedom you can believe in!

L'occasion de renouer avec une autre tradition du blogo, la chanson des années 90:

Madoff, l'homme qui valait $65 milliards. A lui tout seul...

Mother jones demande pourquoi si peu de membres de l'entourage de Madoff sont en prison.

Bernie Madoff swore he'd acted alone when he pleaded guilty to his $65 billion Ponzi scheme. It was a preposterous claim, so why, more than a year later, isn't more of his inner circle behind bars? Neither the FBI nor the US Attorney's Office is talking. But for some of these Madoff enablers, the vacation on the investors' dime may not last forever.

Buffett y va franchement...

Les principaux dirigeants de banques responsables sur tous leurs biens en cas de faillite de l'institution qu'ils dirigent. Voilà une mesure qui changerait pas mal de choses dans le système bancaire. C'est une idée de Warren Buffett. Ca semble impossible à mettre en oeuvre mais ça donne une idée de l'air du temps.

Jan. 21 (Bloomberg) -- President Barack Obama’s proposal to regulate banks should include a requirement that chief executive officers and their spouses forfeit their assets when companies fail, billionaire Warren Buffett said on Fox Business Network.

“There ought to be a huge downside,” said Buffett, whose Berkshire Hathaway Inc. is the largest shareholder in Wells Fargo & Co. “Make it so that the CEO of an institution that fails, or goes to the government and needs help, really gets destroyed himself financially. Why should he come out any better than somebody that gets laid off as an auto worker at General Motors?”

Pendant ce temps là à la Federal Reserve...

Le second mandat de Bernanke doit être confirmé par le Congrès avant la fin du mois sinon il ne pourra plus assumer ses fonctions (interruption seulement temporaire s'il était confirmé in fine). La Volckerisation engagée ne va pas simplifier cette confirmation.

C'est tout le problème de la révolution de palais au sein de l'équipe économique qui s'est produite hier. La ligne Summers et la ligne Volcker peuvent-elles coexister durablement à la Maison Blanche alors qu'elles sont antagonistes? Pour l'instant, tout était clair: Volcker sucrait les fraises et Summers dirigeait les opérations (Summers avait d'ailleurs pris soin de marginaliser Volcker dès sa prise de fonction). Si les deux tendances ont le même statut, la cacophonie va menacer. Et qui sont les cadres possibles d'un éventuel changement de cap? Roubini? Krugman? Stiglitz?. Cela ferait sans doute plus tanker la bourse qu'une guerre thermo-nucléaire globale. (Volcker en ferait partie évidemment mais le Japon vient de s'essayer à un ministre des finances de 82 ans et l'expérience n'a pas tenu 3 mois).

Si Bernanke n'était pas reconfirmé, on voit bien comment le mouvement lancé par Obama l'entraînerait au-delà de ses intentions premières. L'équipe économique d'Obama est désormais en équilibre instable.

Ce qui se passe est étonnant: beaucoup de gens pensaient que des évènements économiques allaient remettre en branle la machine politique. En gros qu'une énorme crise monétaire allez contraindre les politiciens à prendre les choses en main. Finalement, cette impulsion d'Obama laisse entrevoir un changement de cap purement politique sur le mode "j'm'ai trompé".

Le blogo devrait se réjouir de cette possibilité. Le problème, c'est que depuis un an une réalité parallèle s'est créée. Un monde où la pesanteur économique a disparu grâce au laxisme monétaire. La bourse monte, la croissance est positive, un semblant de normalité est revenu ans le système. Si les politiques décident de mettre fin à cette réalité artificielle, ils risquent de porter le chapeau des évènements forcément douloureux qui s'en suivront. C'est le coût immense de l'année 2009: l'économie est probablement dans un meilleur état (marginalement beaucoup d'américains au chômage) que si on avait pris le taureau par les cornes et remis le système à plat mais nous sommes passés de l'autre côté du mirroir avec un système économique "Frankenstein" qui ne fonctionne que grâce à une création monétaire permanente et absolument massive.

La réaction initiale à la crise visait à préserver Wall Street et elle y a réussi*. Le coût était la désorganisation durable et profonde de l'économie mondiale qui a été projetée dans un monde parallèle digne d'Alice aux pays des merveilles. Ce mépris des règles économiques de base (l'échec est récompensé etc...) ne peut que conduire à une crise plus grave plus tard ce qui est le schéma suivi depuis l'éclatement de la bulle internet et le 11 septembre (améliorer à toute force le court terme en compromettant de plus en plus le futur).

En commençant à administrer le remède quelques temps avant que la maladie ne se manifeste, Obama court le risque de faire porter le chapeau de la maladie au médicament.

* Préserver Wall Street est une chose mais fallait-il préserver les bonus? Je me demande si symboliquement, cela n'était pas important "in a twisted way". Peut-on maintenir une monarchie en empêchant le roi de porter sa couronne? Les bonus irritent la population mais ils ont aussi l'intérêt de montrer "who's boss". La décision de préserver Wall Street était discutable mais une fois qu'elle était prise, préserver les bonus faisait sans doute parti du package. Ce sont les bonus qui permettent l'arrogance et l'arrogance qui est le dernier refuge de la power structure.
De plus, le système financier repose sur une loyauté totale de ses cadres envers lui. C'est une "super loyauté" qui est liée au "super reward" qui est promis en échange et qui fait qu'on vendrait père et mère pour le système. Enlevez le "super reward" et la "super loyauté" va disparaître. En lieu et place de cadres blackberrisés dévoués corps et âmes au système vous allez avoir des beatnicks qui vont se mettre à traîner les pieds, voire pire, à écrire des blogs pour le critiquer. Who would want that?

Friday Plane Blogging

Vent de travers. (cliquez pour agrandir)

Nouveau départ?

Il faut bien reconnaître qu'il n'a pas l'air content:Moralité: j'aurais dû écouter Hubris Kills qui avait attiré mon attention là-dessus en fin d'après-midi. Ce qui s'est passé est très important. Soit parce qu'un changement de politique va être initié, soit parce que cela va vite apparaître comme une posture sans contenu et qu'Obama y perdra beaucoup de plumes. Rentrons-nous dans la première année de la présidence Obama?

En plus de Volcker, c'est le grand retour d'Austan Goolsbee qui avait été écarté de l'équipe éco après l'élection. Matt Taibbi s'appuyait dans un article récent sur la mise au placard de ces deux individus pour illustrer la capture d'Obama par Wall Street. Obama lit-il Taibbi? C'est comme si ce dernier avait été entendu en tout cas.

Si ce n'est pas de la com, une nouvelle question se pose: peut-on prendre Wall Street "un peu" à parti? Y a-t-il un état intermédiaire entre la reprise en main musclée (qui n'est plus vraiment possible) et la servilité? Wall Street peut-elle faire un "chantage au Dow Jones" en envoyant les actions à la baisse si les contrariétés s'accumulent?

Un élément me fait douter de la sincérité d'Obama: il semble prendre ce virage suite à l'élection du Massachussets. Cela veut-il dire que si la démocrate avait gagné comme tout le monde l'attendait, il aurait laisser les banques tranquilles? Une élection intermédiaire comme celle-ci semble plus de nature à déclencher une opération de com qu'un revirement politique majeur (même si elle est assez traumatisante pour les démocrates). Il y a probablement une forte pression des sondeurs de l'équipe présidentielle pour qu'Obama fasse un peu saigner les banques. Je crois que Geithner et Summers vont être un bon indicateur du sérieux de ce virage. S'ils sont encore là dans 3 mois, c'était du bluff. S'ils sautent bientôt, cela voudra dire qu'il se passe quelque chose.

Wind of change?

Les lecteurs sont habitués à voir le blogo rejeter d'emblée toutes les possibles avancées d'Obama dans la bonne direction. Au bout d'un an, on prend des habitudes et peut-être même devient-on grognon. Alors sans tomber dans l'optimisme béat (!), il semble que cette "weasel" (fouine) de Geithner se distancie vraiment du plan Volcker. Si c'est le cas, ses jours sont probablement comptés et les choses vont vraiment bouger.

Est-il possible qu'Obama fasse marche arrière et prenne en fin les choses en main?

Voir ce post de "Salon.com". A prendre avec les précautions paranoïaques d'usage (est-ce une ruse pour valider le changement? Une opération de com? etc, etc...).

La question étant: cette annonce du "plan Volcker" était-elle prévue de longue date ou est-ce le résultat de la prise de conscience par Obama du fait que Summers et Geithner l'amenait droit dans le mur après les élections du Massachussets?

Il va donc falloir être vigilant dans les jours et les semaines qui viennent pour comprendre si Obama s'énerve "pour de vrai" ou bien s'il se résigne à son sort de "one termer" et continue à faire de la com. Stay tuned!

L'occasion en tout cas de rêver un peu et de renouer avec une tradition du blogo: la chanson "cheesy" des années 80:

jeudi 21 janvier 2010

Can one get tough "on second thought"?

(Peut-on être ferme en revenant sur ses positions?)

Peu après la débacle du Massachussets, Obama annonce enfin qu'il va prendre le mors aux dents et "se faire" ces méchants banquiers. Quelle crédibilité a-t-il après un an où il a laissé s'exprimer son inclination naturelle: la complaisance absolue? S'il avait annoncé qu'il virait en même temps Geithner et ou Summers, on pourrait essayer d'y croire.

Je crois qu'Obama a compris qu'il devait sauver les apparences. S'il joue le même jeu hypocrite qu'avec la réforme du système de santé où il faisait des déclarations d'intention mais travaillait en sous main à servir les special interests en contredisant ses déclaration, il aura définitivement gagné ses galons d'hypocrite en chef.

Voilà un sujet qui devrait beaucoup occuper le blogo dans les mois qui viennent. Quoi qu'il en soit, les "financials" ont fortement baissé suite à cette annonce mais dans la moyenne du marché. Il n'y pas eu de décrochage des financières. Nous verrons donc mais au bout d'un an, la charge de la preuve est clairement sur Obama et les déclarations d'intention ne valent pas grand chose. Même si elles ne sont pas suivies d'effet cela montre qu'Obama a compris que le piège s'était refermé sur lui: il est désormais associé au système failli qu'il défend. "One termer" (président qui ne fait qu'un mandat).

Note: Les broker-dealers de Wall Street ont quand même très fortement accusé le coup à la bourse aujourd'hui. Entre -4% et -6%. Il fallait quand même le noter. Nous verrons.

La Cour Suprême en rajoute une couche

La cour suprême vient d'ouvrir encore plus grand les vannes du financement de campagnes par les "special interests" dans un arrêt très attendu (voir la reproduction d'un post de Balloon Juice plus bas). A noter que beaucoup des jurisprudence encadrant les modes de financement de campagnes reposent sur le "free speech" garanti par le premier amendement. Bel exemple de perversion d'un principe démocratique.

SCOTUS Campaign Finance Ruling

The Supreme Court has opened the corporate money floodgates for the next election:

In a ruling that radically reshapes campaign-finance law, the Supreme Court has struck down a key provision of the McCain-Feingold measure that bars corporations and unions from pouring money into political ads.

mercredi 20 janvier 2010

Après son âme, Obama perd le Massachussets

Le Blogo argumente depuis l'élection qu'Obama aurait dû prendre de front la "power structure" car il n'a aucune chance d'être réélu en se contentant de servir de paravent à la faillite de celle-ci. Il aurait dû au contraire s'en dissocier et lui faire porter le chapeau (mérité) de la crise au lieu de s'y associer et de faire tout pour la préserver. Las. En bon mandarin, il a choisi de ne rien bousculer et de croiser les doigts pour que "ça passe". Ca ne passera pas. Il ne fera qu'un mandat et restera dans l'histoire comme un politicien "potiche": sexy, certes, mais effroyablement lâche, manquant d'expérience et sans aucune vision.

Il faut dire que le timing de la crise ne l'a pas aidé (ce qui met de l'eau au moulin de ceux qui pensent que la date de la faillite de Lehman était calculée pour graver dans le marbre les grandes lignes de la politique anti-crise avant l'arrivée du nouveau président). Perdu pour perdu, Obama aurait dû faire "what's right" en résolvant la crise politique qui frappe les Etats-Unis. Il aurait probablement perdu les élections et déchaîné la furie des "special interests" mais il aurait laissé une marque historique en éveillant les citoyens à la capture totale de la démocratie américaine par des intérêts qui ont très peu en commun avec ceux des citoyens. En entraînant la population dans un mouvement populiste contre des élites faillies, il aurait peut-être eu une chance, faible, d'obtenir un second mandat. Au lieu de cela, il s'est laissé balotter de lobby en lobby en ne tenant tête à absolument personne.

Avec sa ligne "Bush sans le stetson", il a démobilisé les démocrates. Et aujourd'hui, il perd le Massachussets. Cette perte du siège de sénateur de Ted Kennedy est un "defining moment" de la politique américaine: en désavouant Obama, les électeurs du Massachussets viennent de sonner le glas de l'innocence américaine et l'entrée dans une ère de turbulences. Tous les citoyens savent désormais que le système tel qu'il existe aujourd'hui ne leur proposera jamais de véritable alternative, de véritable choix politique. Le "change we can believe in" ne viendra jamais de ce pseudo-bipartisme à bout de souffle qui n'offre qu'un simulacre de démocratie. Tant que la crise politique sous-jacente à la crise économique ne sera pas réglée, les réponses apportées à cette dernière ne seront que des cautères sur une jambe de bois. En attendant, chaque jour qui passe, les Etats-Unis font la démonstration au monde que la corruption radicale qui les afflige les rend incapables (et franchement, indignes) d'assurer le leadership mondial qu'ils considèrent comme un droit acquis.

Note: Il est fait beaucoup de cas du fait que les démocrates perdent leur majorité de 60 sénateurs qui leur permettait supposément de faire échec à un "fillibuster" républicain (obstruction pure et simple rendue romantique par le film "Mr Smith au Sénat"). Cet évènement fait grand bruit et on enterre déjà la réforme du système de santé à cause de cela.

Si le système politique américain n'était pas irrémédiablement biaisé, cela ne devrait avoir aucun impact: Bush n'a-t-il pas toujours fait ce qu'il voulait sans jamais avoir une telle majorité? (comme le note Jon Stewart). Pourquoi dit-on que les démocrates perdent leur capacité de réforme? Why? Oh why?

Note sur la note: En pratique, la perte de capacité de réforme est réelle et elle s'explique. Les républicains sont désormais effectivement capables de faire de l'obstruction. Ce qui est difficile à comprendre, c'est pourquoi avec les mêmes règles, les républicains sous Bush ont pu déployer leurs mesures sans redouter des fillibusters démocrates (ce qui aurait conduit à l'impasse et logiquement à une modification de cette règle). C'est en fait la dissymétrie du système politique qui est mise en lumière ici. Les républicains peuvent agir librement car ils ont face à eux une pseudo opposition croupionne (spineless) et divisée qui ne montre jamais les dents. A l'inverse, les démocrates ne peuvent passer aucune législation car ils ont face à eux des républicains intransigeants et soudés. Pourquoi cette différence? A cause de l'argent qui inonde les deux partis et qui détermine les résultats de toutes les confrontations politiques. Et voilà pourquoi, en pratique, la démocratie américaine n'en est plus une.

Note sur la "note sur la note": La barrière des 60 sénateurs laissent penser que l'issue du débat dépend du résultat des élections. S'il y avait 65 démocrates, ces derniers auraient un boulevard et appliqueraient une politique démocrate. Right? Pas du tout. Les special interests monteraient un groupe de 7 ou 8 démocrates qui se déclareraient indépendants et qui feraient basculer le contenu des lois dans un sens favorable. C'est ce rôle qu'avait Joe Lieberman en faisant céder à lui tout seul (mais en fait avec l'appui de la maison blanche) l'ensemble des démocrates sur la "public option" et d'autres points de la loi sur le système de santé. Le système est complètement capturé. Si on baisse la limite du fillibuster à 51, les special interests auront tôt fait de débaucher 11 ou 12 démocrates pour que le rapport de force soit toujours le même. C'est pour ça qu'in fine, ces limites procédurales sont hautement symboliques. Pour savoir comment la politique américaine fonctionne, il ne faut pas s'intéresser aux procédures parlementaires et aux résultats des élections. Il faut regarder quels intérêts, implacablement, immanquablement, gagnent à la fin.

lundi 18 janvier 2010

Post-It

Greenwald dénonce l'hypocrisie des dirigeants américains, prompts à dénoncer le monitoring d'internet par la Chine alors que le track record de ces mêmes dirigeants sur le sujet est effroyable. Le livre de Greenwald ne s'appelle-t-il pas "The Great American Hypocrites"?

ABC is reporting that soldiers in Iraq and Afghanistan have been using rifle scopes that bear abbreviated references to Bible verses, including lines like "For God, who commanded the light to shine out of darkness, hath shined in our hearts, to give the light of the knowledge of the glory of God in the face of Jesus Christ."
Des extraits de la bible sont inscrits en minuscule sur des viseurs de fusils militaires américains. Tout va bien. (via TPM)

La croissance Q4 attendue entre 4% et 6% aux US. Il y a des explications techniques (stabilisation des stocks) mais ça commence à ressembler aux chiffres chinois. Wild guess: il n'y a pas du y avoir beaucoup de période dans l'histoire avec une croissance supérieure à 4% et des pertes d'emplois... (Note: c'est en fait arrivé en 81, croissance de 5,6% via Calculated Risk)

Steven Colbert. Marrant mais surtout au début pour la déclaration de Jamie Dimon, ce banquier sans remord qui dirige JP Morgan. "Ma fille m'a demandé ce que c'était que cette histoire de crise financière et je lui ai répondu, en essayant d'être drôle, oh ça arrive tous les 5 à 7 ans!"
The Colbert ReportMon - Thurs 11:30pm / 10:30c
The Word - Honor Bound
www.colbertnation.com
Colbert Report Full EpisodesPolitical HumorEconomy


Time Magazine, après avoir décerné à Bernanke le titre d'homme de l'année s'indigne des attaques contre Geithner. Et le Blogo reste sur sa ligne: le traitement des autorités monétaires US dans les médias ressemble à celui de Kim-Jong Il enCorée du Nord (Geithner est au Treasury mais vient de la FED de NY). Cette fois-ci, Geithner est comparé à Lassie (chien fidèle) à qui on reprocherait "d'avoir mis de la terre sur la moquette après qu'il ait sauvé un enfant". Sans rire. Quand la stupidité le dispute à l'obséquiosité... (via Naked Capitalism qui démonte la thèse).

Tout le monde parie sur le pays qui va faire défaut en premier et entraîner tous les autres dans l'ère de la crise monétaire. La mythique "phase 2" de la crise financière que le blogo vous promet depuis sa création. La Grèce? Le Japon? L'Angleterre? La Chine qui explose en vol? Les Etats-Unis? Un pays d'Europe continental? La roue tourne toujours. Elle s'est arrêtée un temps sur Dubaï mais c'était une fausse alerte. Mc Kinsey se demande si ce n'est pas le Royaume-Uni qui n'est pas sur le point de tourner à l'islandaise.

"State ending"

Le "narrative" occidental sur le chaos qui a existé en Irak après l'invasion américaine est en gros le suivant: la guerre civile entre factions fanatiques a entraîné la destruction du pays malgré la bonne volonté d'une puissance occupante bienveillante. Subtext: "si les arabes étaient un peu moins fanatiques, tout cela ne serait pas arrivé" => eau au moulin du "clash des civilisations indépassable" => justification des guerres américaines.

Beaucoup d'éléments sont cependant suspects. Et si le chaos irakien n'était pas une catatastrophe mais le plan? On a beaucoup glosé sur l'impréparation américaine avant l'invasion mais il est également possible que le chaos qui s'en est suivi ait été planifié par les forces occupantes. Si on prend l'Allemagne et le Japon par exemple, on voit bien que les américains savaient que maintenir en place l'administration était une condition du succès du processus de reconstruction. Pourquoi cette simple leçon a-t-elle été ignorée dans le cas de l'Irak? Pourquoi les cadres du régime Baath et l'armée dans son ensemble ont ils été passés par pertes et profits? Le pays n'a pas été seulement décapité comme il était normal, tout s'est passé comme si on avait voulu méticuleusement en casser tous les os un par un. Il aurait fallu détruire l'Irak comme puissance. Check.

Bon alors ceci n'est évidemment pas une démonstration et ne vaudrait pas plus qu'une "divagation blogoesque" si des gens semblent-ils compétents ne venaient de produire un livre qui soutient à peu près cette thèse d'après cette critique du Irish Times (extraits):

THIS BOOK argues convincingly that the post- war cultural cleansing of Iraq is intentional rather than random and haphazard, the result of chaos and anarchy.
...
The 13 authors of this work say the US set out to destroy Iraq’s national identity, reduce and marginalise the educated class and wipe the Iraqi slate clean in order to build from ground zero a weak state which would be dependent on the US. This experiment in “state ending” has left a black hole at the heart of the eastern Arab world.

(Le gras vient du blogo, je trouve l'expression "state ending" saisissante. C'est le cousin du plus "feel-good" et consensuel "state building" ou "nation building" des américains au grand coeur)

Note: je n'ai pas fait de "background-check" sur la maison d'édition ni sur les auteurs. Je m'en remets au Irish Times qui est selon Wikipédia le "paper of records" en Irlande.

vendredi 15 janvier 2010

jeudi 14 janvier 2010

Les menteurs qui créent le consensus

David Reilly, de Bloomberg, trouve qu'on a trop cherché de noises à Goldman Sachs lors de la journée inaugurale de la commission d'enquête sur la crise financière. Il essaye sournoisement de diffuser des mensonges par la bande en faisant mine de ne pas y toucher. What a weasel! (Quelle fouine!)

Similarly, the commission needed to spend less time grappling with Blankfein over whether Goldman would have survived without government assistance. That’s an unanswerable question that does little more than let Dimon chuckle over how easy a ride he gets compared with Blankfein.
(Il dit qu'on ne pourra jamais répondre à la question de savoir si GS aurait survécu sans assistance de l'Etat.)

Quel mensonge absolument éhonté. Il est complètement certain que tous les établissements financiers de Wall Street auraient mis la clé sous la porte si la FED/US Gov n'étaient pas intervenus. C'est évident. Rien qu'AIG en donne une bonne idée mais la vraie solution au problème se trouve dans les interventions de la FED sur le marché des obligations pourries (mortgage bien sûr avec $1,3 trillion mais aussi treasuries qui ne sont à près tout que des junk bonds). Le TARP, encore une fois, n'est que l'arbre qui cache la forêt en matière d'assistance aux établissements financiers américains et il faut bien le dire, mondiaux (maintenir pour un temps l'ordre impérial US était à ce prix). Quand la FED porte sur ses épaules le marché des MBS, elle sauve tous les établissements financiers de la planète (et quelques hedge funds au passage). Sans parler évidemment de toutes les garanties qui ont été apportées à un moment où à un autre et qui ont pu atteindre selon le décompte de Neil Barofsky ("contrôleur" du TARP) $23 trillions (la moitié environ selon les décomptes de The Big Picture).

Ce genre d'inanité est absolument inqualifiable. On peut répondre à cette question sans aucune incertitude. Summers et Geithner, l'ont d'ailleurs fait ponctuellement pour faire croire à un semblant d'indépendance. David Reilly. Weasel.

Jon Stewart sur les bonus

The Daily Show With Jon StewartMon - Thurs 11p / 10c
Clusterf#@k to the Poor House - Wall Street Bonuses
www.thedailyshow.com
Daily Show
Full Episodes
Political HumorHealth Care Crisis

Etrange équilibre, en effet

Qui n'est que le calme avant la tempête according to your favorite blog: El Blogo!

Glenn Greenwald:

Indeed, given the extraordinary disparity between the government-enabled Wall Street bonanzas and the government-caused financial suffering for most everyone else, it really is somewhat mystifying that there's not only so little populist rage, but no outright disruptive protests.

La télé explique-t-elle a elle seule cet abrutissement? Sommes-nous rentrés dans l'ère de l'apathie radicale? Des citoyens sous Prozac ou devant les MSM incapables ne serait-ce que d'envisager une mobilisation? Stay tuned.

lundi 11 janvier 2010

Notre monde cartoonesque

Ce sont encore les cartoons qui rendent le mieux compte de notre monde devenu cartoonesque.(via TBP)

Bill Moyers sur la crise

Une heure d'émission (en deux parties) de Moyers sur PBS qui n'apprendra pas grand chose de nouveau au lecteur assidu du blogo mais qui témoigne de ce qui se fait de plus radical dans le mainstream media (MSM) US au sujet de la crise. A noter que si c'est bien "MSM", ça n'est pas "corporate media" (networks + Cable News). De toute façon, Moyers arrête son émission (il part a priori en retraite). C'est de très loin l'émission que j'ai le plus "linkée" sur le blogo.

David Corn et Kevin Drum, de Mother Jones, sont interviewés au sujet de la crise financière.


vendredi 8 janvier 2010

Friday Plane Blogging

(Cliquez pour agrandir)

Roulements de tambour...

Cet après-midi, premier Non-Farm Payroll positif? Cela pourrait annoncer le début de la fin pour la phase "accomodative" de la FED. Le problème est que ce n'est pas une phase accomodative classique dont il va falloir sortir. Les taux d'intérêts ne sont presqu'un side show cette fois-ci. Le problème est plutôt l'énorme échaffaudage que la FED a construit dans l'urgence et qui empêche pour l'instant à l'édifice économique de s'écrouler. Cet échaffaudage a modifié de manière radicale la manière de fonctionner de l'économie. A tel point que beaucoup (dont le blogo) pensent que le soulagement temporaire qu'il a apporté sera peu de chose au regard de la désorganisation qu'il engendrera dans les années à venir (économique, politique et aléas moraux "to put it mildly").

A noter que Ben Bernanke s'est encore ridiculisé avec un mensonge honteux: les faibles taux d'intérêts n'auraient pas eu de rôle dans la bulle de l'immobilier. Il incrimine essentiellement les régulateurs (dont il faisait également partie mais à la responsabilité plus nébuleuse que le lien simple FED-taux d'intérêts). Barry Ritholtz règle son compte à cette ineptie. Toujours le même dilemme avec Ben: mauvaise foi ou imbécilité? Le Blogo penche comme précédemment pour la mauvaise foi.

Addendum: Le roulement de tambour fait pschitt avec un chiffre en dessous des prévisions. le chiffre de novembre a cependant été révisé à la hausse, de -11000 à +4000. On tient donc la première statistique positive depuis le plongeon.

Les politiciens se vendent pour pas cher

Commentaire de Bill Gross de Pimco qui débarque sur la BCL:

Our government doesn't work anymore, or perhaps more accurately, when it does, it works for special interests and not the American people... What amazes me most of all is that politicians can be bought so cheaply.

C'est une observation que je pense avoir déjà faite sur le blogo mais je n'en suis pas certain: quand on s'intéresse aux sommes en jeu dans le système de corruption des politiciens américains, on constate qu'elles ne sont pas si élevées que ça.

C'est normal: il n'y a pas de concurrence! Qui va payer des sommes importantes pour que la législation sur les télécoms soient favorables aux telcos? Les telcos. Who else? Une fois que le système est bien en main par chaque "special interest", il suffit de veiller à ce que personne ne surenchérisse. Mais qui viendrait surenchérir? Corporate America, c'est ce système qui fait que chaque special interest contrôle la partie du système politique qui s'intéresse à lui (regulatory capture). Vu qu'ils sont les seuls en compétition pour s'arroger ce contrôle (puisque les citoyens sont maintenus dans l'ignorance/la résignation), ils n'ont pas à débourser beaucoup pour se l'assurer.

Si les politiciens américains étaient malins, ils se feraient payer un pourcentage de l'avantage économique que leur collaboration procure, pas seulement de quoi se faire réélire. Là, ce serait véritablement le jackpot mais ils n'ont pas les épaules pour cela. S'ils devenaient trop avides, leurs "corporate masters" auraient tôt fait de les remettre à leurs places.

Note: le système électoral se caractérise en général par la prime très forte qu'il donne aux "incumbents" (sortants) à chaque élection. Une fois les élections gagnées, un élu qui ne se fait pas remarquer (contrairement à Alan Grayson par exemple) a de grandes chances d'être réélu. Cela aussi permet de diminuer les coûts: corporate america n'a qu'à monter des challenges contre ceux qui sortent du rang et ne doit pas financer des combats de coqs plus ou moins factices à n'en plus finir. Non le poulet élu une première fois peut ensuite tout doucement s'engraisser au fil des mandats. Grayson au contraire va avoir droit dès novembre à un challenge "ultra-fundé". Standard.

Geithner forever

C'est un peu comme les 28 coups de fils entre Paulson et Blankfein (seulement par ligne fixe, on est pas au courant pour les portables) la semaine où Lehman a fait faillite: on sait bien que des choses comme ça se sont passées mais ça fait toujours drôle de l'apprendre "pour de vrai".

On a appris hier qu'il existait un email où Geithner demandait à AIG de ne pas dire que des banques avaient été indemnisées à 100% pour leurs paris grotesques* sur des CDS de subprime à l'occasion du sauvetage de l'assureur. Alors président de la FED de New York et en instance de devenir Secretary of Treasury, Geithner commande donc à AIG de faire le silence sur un certain nombre d'informations qu'on peut considérer que la société devait aux marchés et peut-être surtout aux contribuables...

Ne jamais perdre de vue que nous avons assisté à un sauvetage des banques par les banques. Elles ont utilisé leurs hommes liges Geithner et Summers (et il faut bien rajouter Obama), pour traduire leur influence politique en avantage économique. C'était le moment "bas les masques" de la politique américaine où le pays a compris que la politique des Etats-Unis se faisaient littéralement "à la corbeille" (à Wall Street) (de Gaulle avait soutenu l'inverse au sujet de la France dans les années 60). Le soucis de ménager le contribuable a quasiment été inexistant depuis septembre 2008. Il faut bien reconnaître que, pour l'instant, ce n'est pas lui directement qu'on a fait travailler (avec des hausses d'impôts par exemple) pour boucher le trou. Non, c'est à coup d'écritures dans la comptabilité publique, indolores pour l'instant, que le problème a été réglé. Mais la douloureuse va finir par arriver. C'est certain. Surtout quand on met en regard les difficultés économiques majeures qui frappent la popuplation et les agappes bancaire qui n'en finissent pas, voire qui redoublent d'intensité.

Zero Hedge évoque l'affaire et résume: "Moral hazard reigning supreme, regulatory capture, incompetence, misdirection, and outright fraud, auditor complicity, broken equity markets, and an administration whose only answer to every problem is to stuff it ever deeper under the carpet and throw ever increasing amounts of money... This is what this once great nation has become."

* Ces paris n'étaient pas grotesques dans leur direction. Ils l'étaient en revanche par rapport à la qualité de la contrepartie qui devaient payer en cas de succès. Un peu comme si vous pariiez avec quelqu'un qu'il allait se retrouver sur la paille. Qui va vous payez?

jeudi 7 janvier 2010

Drôle de photo!

Assez incroyable s'il n'y a pas de trucage... (via Naked Capitalism)

mercredi 6 janvier 2010

Post-It

Paul Volcker interviewé par Charlie Rose.
"The American political process is about as broken as the financial system."

Matt Taibbi s'attaque à Fannie et Freddie et au consensus bipartisan qui les a soutenus.

Pending home sales decrease sharply

Personal Bankruptcy Filings Increase Sharply in 2009

Et pour finir Kevin Drum qui décrit comment Wall Street a acheté Washington. Sous-titre: "A year after the biggest bailout in US history, Wall Street lobbyists don't just have influence in Washington. They own it lock, stock, and barrel."
NO SHIT!

mardi 5 janvier 2010

Zero Hedge "Best of"

Voici le "Best of" de Zero Hedge, par Zero Hedge.
Avec le post présenté comme le meilleur selon Tyler Durden himself:
"How The Federal Reserve Bailed Out The World"

Et une sélection des posts de la période des fêtes.
Avec le choix du blogo: Brace For Impact: In 2010, Demand For US Fixed Income Has To Increase Elevenfold... Or Else

Le Wapo déclare que la crise financière est finie

A la fin de cet article qui explique pourquoi la dernière décennie est la pire que l'économie américaine ait connue depuis 70 ans, le Washington Post déclare la crise financière terminée. Olé!

The financial crisis is, for all practical purposes, over, and forecasters are now generally expecting the job market to turn around early in 2010 and begin creating jobs. The task ahead for the next generation of economists is to figure out how, in a decade that began with such economic promise, things went so wrong.

Sans surprise...

D'après Emma Coleman Jordan de Georgetown University, 92% du management des 17 récipiendaires des largesses du TARP sont restés en place. (via TBP)

Jordan notes that the folks who run the major banks today — the senior executives, directors, managers, etc. — are essentially the same exact folks who ran them (into the ground) 5 and 10 years ago:

“The prospects for a robust prudently guided financial sector have been substantially clouded by the fact that the both the corporate governance structure and the executive leadership of the financial sector remain largely unchanged—92% of the management and directors of the top 17 recipients of TARP funds are still in office.”

You read that correctly — 92% of the TARP recipients’ senior management remains essentially unchanged post-crisis . . .

lundi 4 janvier 2010

Roue libre (crazy free-wheeling du Blogo!)

Bonne année 2010 aux lecteurs du Blogo qui n'ont pas été découragés par le faible volume de post pendant les fêtes. Il y aura moins de posts en général en 2010, cette interruption est donc l'occasion d'ajuster à la baisse votre rythme de fréquentation du site.

Ce début d'année est l'occasion de faire le point sur le Blogo et le sujet dont il traite. Vous remarquerez que j'ai supprimé "Chronique d'une crise annoncée". Depuis qu'elle le temps qu'elle était annoncée, le fait qu'elle l'ait été présentait moins d'intérêt. Il est désormais établi que la crise avait des racines profondes qui n'ont été ignorées que grâce à la complicité active des régulateurs et de la presse qui ne s'est pas contenté d'éviter le sujet mais qui a au contraire fait l'article sans interruption de la housing Frenzy jusqu'en 2007.

Le Blogo est donc né en octobre 2008 suite à l'effondrement du système bancaire américain et mondial. En réponse à cela, le Blogo défendait la solution "suédoise" qui consistait à nationaliser les banques faillies puis à les revendre par compartiments à des banques plus petites ou régionales. Ca n'était pas une solution hors du commun même si elle apparaît comme telle aujourd'hui. C'est généralement ce qui se passe dans une économie de marché quand un acteur économique fait faillite. Non, l'extraordinaire est la solution qui a été retenue (qui apparaît aujourd'hui comme normale): la préservation de la structure de pouvoir faillie au prix de la fusion effective de l'Etat américain, de la banque centrale et du secteur financier aboutissant à la création d'un Frankenstein économique qui n'a pas de précédent dans l'histoire.

Depuis, le Frankenstein semble avoir emporté la partie. La solution suédoise aurait consisté à reconnaître que le mode de développement des Etats-Unis se heurtait au mur d'une réalité économique indépassable. Dans ce contexte, c'est tout le chateau de carte du Ponzi Scheme américain qui s'effondrait. Qui aurait continué à prêter de l'argent à ce pays failli? (on se demande déjà qui continue à prêter dans l'autre scénario...) La solution Frankenstein visait à préserver la structure actuelle au prix de toutes les contorsions possibles. L'important est de maintenir les apparences.

Cela est censé du point de vue américain. La prospérité américaine ces dernières années relevait en grande partie du statut de ce pays dans l'ordre international (monnaie de réserve mondiale, première destination des investissements etc...). Il n'y a pas d'autre état du monde aussi favorable aux américains que celui dans lequel ils ont vécu depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Dans ces conditions, ils ont fait ce qu'il fallait pour préserver dans la tête des habitants de la planète l'image d'un pays qui tient debout. Et ils n'ont pas lésiné. Les autorités américaines n'ont pas simplement sauvé Wall Street, elles ont sauvé le système financier international (voir les places de Socgen, Deutsche Bank et BNP dans le bailout d'AIG). Celui-ci représentait un noeud inextricable d'obligations fantaisistes d'établissements financiers les uns envers les autres qui n'aurait pas résisté au moindre ralentissement économique (sans parler de l'effondrement de la plus grande bulle de l'immobilier de l'histoire)? Qu'à cela ne tienne, les règles comptables ont été assouplies et l'implication de l'Etat dans le système financier n'a pas cessé d'augmenter. Passé le coup du TARP et des renflouements spectaculaires dans l'urgence, il y a maintenant une infrastructure mise en place pour permettre à l'Etat de financer les errements des établissements financiers en intraveineuse. La levée des limites d'aides à Fannie Mae et Freddie Mac et la prise de participation majoritaire dans GMAC sont les derniers évènements qui vont dans ce sens. L'idée qui a flotté avant d'être pour l'instant repoussé de donner à l'exécutif le moyen de faire des "bailouts" sans l'autorisation du Congrès correspond à cette tendance.

Quand on voit la relative quiétude qui a conquis le commentariat, on en arrive à se demander si la solution retenue n'était pas la bonne et cela doit être observé de plusieurs points de vue.

D'abord du point de vue américain, il est probable que cela était la meilleure solution. La croissance américaine est illusoire mais ne l'est-elle pas depuis au moins dix ans (référence d'Obama à la "paper growth")? Oui, les Etats-Unis jouissent d'une position économique ultraprivilégiée dont ils abusent de manière éhontée. Mais pourquoi compter sur eux pour y mettre bon ordre? Au contraire, ils en abuseront de plus en plus jusqu'à ce que cela ne devienne intolérable pour le reste de la planète qui pour l'instant a bon dos. Nous sommes d'ailleurs très probablement dans la phase ultime de ce phénomène en raison de l'irréalité économique dans laquelle nous a fait basculer la crise. J'y reviendrai. Il n'en reste pas moins que je ne comprends pas bien les gens comme Peter Schiff qui réclame une immédiate mise au carré de l'économie américaine. Sur le principe je suis d'accord: il serait plus rationnel et plus juste que les américains aient des finances publiques saines, des citoyens moins endettés qui ne vivent pas "au-dessus de leurs moyens" etc... Sur le papier. Mais la domination américaine et la prospérité (désormais relative) qu'elle permet n'est pas rationnelle. C'est un Ponzi Scheme (pour preuve, demander aux chinois s'ils peuvent utiliser leur $2 trillions de dettes US pour un plan de relance chez eux: ils ne le peuvent pas car cela les obligeraient à vendre et mettrait à bas le Ponzi Scheme US, cet argent est donc perdu) et comme tout les Ponzi Scheme, il doit suivre leur cours jusqu'à la chute finale. Peter Schiff est un peu comme un employé de Madoff qui déciderait en 2007 à la manière de Jean-Yves Lafesse que "ça peut plus durer" et qu'il faut que tout le monde se rende à la police. Les Ponzi Scheme ne peuvent pas s'effondrer comme cela. Quand trop de gens ont intérêt à l'illusion, l'illusion perdure. C'est pour cela que des "whistle blower" ont tiré la manche de la SEC depuis 10 ans au sujet de Madoff sans aucun succès. Cet employé de Madoff aurait perdu une année de prospérité (ce qui pour certains voulaient dire vacances à l'autre bout du monde, jets privés, honneur et respectabilité à mettre en balance avec la prison et l'opprobre - c'est un "no-brainer"). Schiff ne fait que se positionner pour le futur mais je crois vraiment que la politique "raisonnable" qu'il propose n'est pas dans l'intérêt de ses concitoyens.

Vient alors l'intérêt du reste du monde. Celui-ci a besoin d'ordre mais son essentiel pourvoyeur d'ordre, les Etats-Unis, gouvernés par des élites "néronesques", ne sont plus en mesure de l'assurer. Politique étrangère inflammatoire et irrationnelle, ordre financier grotesque (AAA anyone?), organisation économique mondiale prédatrice (ressources, conditions de travail). Et surtout un pouvoir absolu américain qui est en train de finir de corrompre absolument (toujours plus de guerres, n'importe quoi monétaire...). Il semble temps pour les vassaux de changer de seigneur.

Et l'Europe spécifiquement? Il y a là un dilemme: si pour une grande partie du monde, l'ordre américain est osbolète, l'Europe n'a-t-elle pas intérêt à ce qu'il perdure le plus longtemps possible en raison des bénéfices qu'elle en tire? L'Europe n'a pas certes pas d'ambitions impériales mais elle vit paisiblement et confortablement dans la Pax Americana. Quel prix du pétrole pour l'Europe en l'absence de "troops on the ground" US dans la péninsule arabique? Il est plus cher en Europe qu'aux Etats-Unis mais "better the devil you know". L'Europe, qui a une démographie désastreuse, serait-elle capable de se défendre ou de préserver son influence sans le parapluie américain?

Le Blogo pense qu'en fait les jeux sont faits: le gouvernement américain n'est plus capable d'opérer avec la rationnalité suffisante pour assurer le bien-être de sa population et il est donc bien incapable d'assurer un ordre fonctionnel sur la planète entière. Faut-il pour autant accélérer le processus en faisant preuve de défiance? Je crois qu'il faut une voie médiane qui aboutisse à préparer les fondations d'un monde multi-polaire en constatant que la structure de pouvoir américaine est inepte. Il faut préparer un plan B. Il y a même urgence à le concevoir dans le domaine financier car le système actuel pourrait s'avérer être de courte durée.

Donc en gros en première analyse: les américains ont eu raison de sauver leur système financier car il est essentiel au maintien de leur place prépondérante dans l'ordre mondial. C'est un peu la même chose que pour les agences de notation: elles sont discréditées mais les Etats-Unis ont intérêt les protéger car elles sont vecteurs d'influence (alors qu'elles devraient être dissoutes - rappelons au passage le sort réservé à la vénérable société d'audit Arthur Andersen, autres temps, autres moeurs).

Il ne faut cependant pas sous-estimer tous les coûts cachés du sauvetage entrepris. Le premier coût est l'entrée dans l'ère de l'irréalité économique. Le monde ne donne l'impression de tourner rond que grâce à de multiples manipulations. Le plus grand "window dressing" de l'histoire à l'échelle de l'économie mondiale. Les banquiers se sont enrichis en faisant croire que des dettes astronomiques seront un jour remboursé. Après avoir pendant des années touché des bonus ahurissants indexés sur la taille du mensonge, le moment de réalisation en 2007 a conduit les banques centrales à nier la réalité en bouchant le trou avec de la création monétaire. Seule l'explosion de la dette publique témoigne encore de cet énorme passif et l'infrastructure. On veut nous faire croire que dans un contexte de credit crunch généralisé, les Etats vont continuer à financer leur dette publique en pleine explosion sans problème. THINK AGAIN! Des esprits chagrins repris par Zero Hedge commencent à douter du bien fondé des chiffres que la FED publie. Pensez-vous que votre presse économique vous dira un jour que les ventes aux enchères de dette US ne sont que le dialogue par téléphone entre deux traders de la FED portant un chapeau différent sur deux trading floors différents? THINK AGAIN! Par contre, des lecteurs attentifs qui postent sur des blogs connus peuvent aujourd'hui soulever ce genre de lièvres.

Dans l'univers alternatif, il est désormais admis que la FED intervient sur les marchés boursiers. Vrai ou pas, cela témoigne d'un coût caché de l'opération de sauvetage à fonds perdus des banquiers: la perte de la confiance. Même si les MSM ne le disent pas, la situation est assez extrême pour que personne n'ait confiance dans les autorités. Les statistiques économiques, les interventions de la FED sur les marchés, les liens entre Wall Street et Washington, tout est l'objet d'une suspicion et d'un dégoût généralisé. Quelles sont les conséquences à moyen et longt terme de cette nouvelle défiance de la population envers ses institutions financières? Pour l'instant, tout semble sous contrôle mais bien que cela ait été très mal exprimé, les banques porteront le poids des évènements économiques à venir sur leurs épaules. Les chanteurs, les enfants dans les cours d'école semblent tous avoir retenu que les banquiers étaient des pourris. J'ai reçu un prospectus dans la rue qui disait: "I 8 Wall Street". Je ne chantais pas des chansons anti-banques dans la cour de mon école quand j'avais dix ans (exemple vécu). Wall Street n'a jamais été un sujet de haine dans mon expérience. On peut donc se frotter les mains dans les banques des bonus records de 2009 mais quel sera le coût à long terme de ce scandale qui dépasse l'entendement.

Il y a donc un passif économique au plan de sauvetage: la finance est devenue une sorte de "strawberry field" psychédélique où tout le monde est sous psychotrope et voit la vie en rose. En dehors, des citoyens ont une terrible défiance qui se développe et qui ne fera que s'exacerber si la situation économique se dégrade encore. Le scénario rose qui voit tout le monde repartir d'un bon pied (l'économie américaine va croître de 4% par an ou plus pour les 10 prochaines années nous dit les projections budgétaires américaines) est une chimère. Les banques semblent pour le moment à l'abri d'un backlash politique très violent mais qu'en sera-t-il après que le bailout ait traumatisé la population? L'idée donc de dire que le sauvetage était la bonne chose à faire d'un point de vue strictement américain est peut-être de courte vue. Le problème est que cela est la voie qui a été choisie et qu'on ne sera jamais en mesure d'explorer les autres possibles. Si les Etats-Unis, et le monde repartent pendant deux ans et que tout s'effondre avec grand fracas avec l'apparition concommitante de remous sociaux majeurs et d'instabilité politique, on pourra sans doute dire que le sauvetage était une erreur. Si les Etats-Unis repartent pendant 5, 10 ou 15 ans et arrivent à maintenir leur magistère sur le monde, cette voie aura sans contexte était validé (d'un point de vue américain s'entend).

Bon voilà donc encore une grande diatribe indigest qui sera poursuivie et arrangée cette semaine. Ne vous étonnez donc pas d'en voir le texte changé, l'écriture améliorée, les fautes supprimées et des liens ajoutés. Il s'agit en fait de faire ce que j'avais promis aux lecteurs de faire en novembre à savoir deux parties d'un texte qui répondaient à ces questions:
- Pourquoi l'effondrement promis n'a pas eu lieu
- Etait-il possible de faire autrement que de créer le Frankenstein économique rapidement décrit ici.
Le sujet est vaste donc voici une autre pierre. Je pense clôturer cet effort bientôt.
Le Blogo prendra ensuite une forme que j'espère un peu nouvelle: plus télégraphique, moins verbeuse avec globalement moins de contenu mais peut-être plus de liens. Pour l'instant "Chronique d'une crise amorcée" mais ça pourrait changer... Car, voyez-vous, tout change.

vendredi 1 janvier 2010

Friday Plane Blogging

Big boys down under. Deux A380, un 747. Bonne année.